Depuis les années 1990, les journaux indonésiens, notamment les éditions du dimanche, publient régulièrement des articles en faveur du patrimoine bâti colonial de l'Indonésie. Rédigés majoritairement par de jeunes journalistes, les articles louent l'esthétique et la signification historique des bâtiments et paysages urbains ou bien soulignent les menaces auxquelles ils seraient exposé. Pour la plupart des non-Indonésiens, et notamment pour les Européens et les Américains, cette attitude détendue et positive vis-à-vis de souvenirs concrets et souvent marquants du passé colonial de l'Indonésie est surprenante. Voir des Indonésiens en fausse tenue coloniale visitant ce patrimoine sur un vélo hollandais provoque la stupéfaction. À travers la description du changement dans l'appréciation du patrimoine colonial bâti de l'Indonésie et des acteurs à l'origine de cette évolution, cet article analyse la façon dont l'Indonésie et les Pays-Bas se sont progressivement appropriés le patrimoine bâti de leur passé colonial commun.

From the 1990s to the present, newspapers in Indonesia, notably Sunday editions, have regularly featured articles appreciative of Indonesia’s colonial built heritage. Often the work of relatively young reporters, the articles either praised the aesthetics and historical relevance of the buildings and townscapes or highlighted the threats facing them. To most non-Indonesians, notably Europeans and Americans, the relaxed and positive attitude towards these tactile and often prominent reminders of Indonesia’s colonial past is quite a novelty. The sight of Indonesians in mock-colonial outfits exploring this heritage on vintage Dutch bikes provokes sheer astonishment.

By describing the changing appreciation of Indonesia’s colonial built heritage and the agents that drove this development, this article analyses how Indonesia and the Netherlands gradually appropriated the built heritage of their colonial past.